Introduction au panthéon vodoun

A l'occasion de la fête du Vodou, célébrée le 10 janvier au Bénin, nous re-publions ici, le texte de Marc Monsia, édité en Cahier de la Fondation en 2007, lors de l'exposition Vodou/Vodounon de Jean-Dominique Burton. 

Sakpata ©️Jean-Dominique Burton 


Introduction au panthéon vodoun


INTRODUCTION

En milieu Fon, on donne le nom « vodoun » à une divinité qui désigne un être spirituel, c’est-à-dire à une qualité divine.
Le vocable « vodoun » = « vo » espace aqueux et « doun » puiser, traduit selon nous l’acte créateur qui consista à assécher les eaux marécageuses, appelées eaux originelles ou océan primordial, pour faire émerger les premières terres de la création. Vodoun évoque, en conséquence, un récit cosmologique. Une divinité vodoun désigne, un principe universel se manifestant au travers d’un phénomène de la Nature. Le culte rendu à un dieu vodoun consiste ainsi à s’approprier le déterminisme sous-jacent au phénomène, en une technique de saisie et de maîtrise des lois qui gouvernent les faits dans leurs manifestations. Il s’agit donc d’un savoir relatif aux lois universelles et à leurs applications en l’homme et dans la nature. Il constitue, selon nous, un monothéisme qui s’exprime en apparence par un polythéisme symbolique. Il ne s’agit pas, d’une religion, comme l’a su bien mettre en évidence, Honorat Aguessy, « d’imploration et de résignation » mais de « commandement ». En d’autres termes, il s’agit, d’une religion où il faut « croire pour comprendre et comprendre pour croire » comme l’affirmait Saint-Augustin. Le « vodounon », maître de l’acte créateur, et le « bokonon », maître de la parole vivante, apparaissent en savant et sage de leur société.

On appelle aussi « houn » une entité vodoun ; ce qui signifie littéralement le cœur ou ce qui échappe à la tête, c’est-à-dire à la raison. De là dérive le mot « hou-non » signifiant littéralement maître du mystère. En vertu du caractère mystérieux du vodoun, on nomme ainsi, également par comparaison, tout ce qui paraît inconnaissable, inconcevable. Par conséquent, au fil du temps, de nombreux vodoun qui n’ont sûrement aucune réalité divine se sont ajoutés à ce qui constituait réellement le Panthéon des divinités vodoun et ont rendu dès lors leur étude de plus en plus difficile. Tous les écrits portant sur le Panthéon voudoun, ont reconnu par ailleurs la diversité de leurs origines et les migrations d’une région à l’autre. Cette difficulté, cependant, n’est qu’apparente, dans la mesure où elle peut être levée en tenant compte des lois de similitudes que l’on retrouve dans toutes les théologies. En suivant cette méthode, on peut discerner un vodoun au sens de divinité d’un autre qui ne l’est point. 

Les données exploitées dans cette contribution sont essentiellement celles rapportées par B. Maupoil dans son livre, La Géomancie à l’ancienne Côte des Esclaves, dont le principal interlocuteur fut l’Initié Dahoméen Guèdégbé.
Par ailleurs, le panthéon vodoun ne peut être pénétré en profondeur, que si on l’étudie en rapport avec la théologie (ou mythologie) de l’ancienne Grèce et de l’ancienne Egypte. Du reste, ces théologies s’éclairent mutuellement. C’est dans cette perspective que nous mettons à la disposition de tous ceux qui s’intéressent au savoir ancestral des peuples du golfe de Guinée, cette introduction au panthéon vodoun ou mythologie adja-ewe.

Le vodoun au commencement était lié aux mystères de l’univers. Il se rapporte au Principe primordial, Dieu, dans ses manifestations. Les vodoun représentent des principes universels et sont, par conséquent, des divinités.
Il existe une autre catégorie de vodoun intéressante à nos yeux : ce sont les Ancêtres divinisés en raison de la vie exceptionnelle remplie de sagesse et de vertu, qu’ils ont menée sur terre. A cet égard, la Tradition estime qu’ils vivent encore dans la région des divinités. On les assimile à juste titre à des divinités et les vénère comme telles. Ce fait s’observe également avec les saints dans d’ autres religions.
Nous pouvons ainsi dégager trois classes d’entités vodoun : le vodoun talisman, le vodoun déité et le vodoun ancêtre vénéré. 
L’étude qui va suivre concerne la deuxième catégorie : le vodoun déité. Notre texte est organisé en six parties : le chaos initial, les éléments universels, le dieu de 1ère génération et enfin les dieux de 2ème, 3ème et 4ème génération.



Marc Monsia


A. Le chaos initial

1. DAN
Le Dieu Dan personnifie les forces brutes, les énergies chaotiques de la Mer originelle. Bien que la mer soit déifiée sous le nom Hou, elle n’est adorée que par le Dieu Dan, le serpent qui y vit. Il s’agit en fait du serpent des eaux originelles, de l’océan primordial qu’évoque la mer Hou. L’acte créateur le rejeta à la périphérie de l’espace créé, d’où l’on dit qu’il se love autour de la création à la manière du serpent qui mord sa propre queue. Et on rejoint là « l’ ouroboros » des Grecs, qui symbolise l’éternité, le renouvellement continu du temps, une création cyclique sans fin, dans laquelle le temps « repasse là où il a commencé ». On peut donc penser que la fin de la création implique le commencement d’une nouvelle création dont l’achèvement entraînera à nouveau un commencement de façon indéfinie.
L’étymologie de Dan (secouer, fureur), traduit les mouvements périodiques qui l’agitent et la colère de l’Océan primordial réprimée chaque matin par le retour du Soleil, Lisa. Le retour quotidien du soleil est le garant de la création ; Dan symbolisant les ténèbres initiales, alors que Lisa et son père Ayidohwêdo, la lumière primordiale qui en jaillit. 

B. Les éléments universels

Ils sont appelés Feu, Air, Eau et Terre parce qu’ils sont analogues dans leurs propriétés aux éléments feu, air, eau et terre de la nature.
Ils désignent les quatre principes de base qui ont servi à la création, qui la nourrissent et la gouvernent dans son évolution. Ils représentent les quatre aspects primordiaux de Dieu, connu en fon, sous le vocable Yêhwé - Y – E – W – Hé (chaque composante du nom divin correspondant au nom d’un élément). La combinaison de ces quatre aspects de base de façon quadripolaire a donné naissance aux 256 principes ou « Dou » de saisie et d’interprétation du cosmos, dans le système de connaissance connu sous la dénomination : géomancie Fâ.

1. MION (Feu)
Il est représenté dans la tradition fon par l’oiseau rapace, « honsou-honsou » , une sorte de faucon. Cet animal traduit le dynamisme, l’expansion des forces d’énergie dans l’homme et dans l’univers. Il est vénéré dans le culte du Dieu Zo. Le principe du Feu exprime l’omnipotence du créateur, c'est-à-dire la manifestation de la création, symbolisée par le son « ou » que l’on retrouve dans le nom Maou qui signifie le verbe créateur.

2. DJO (Air)
L’Air réalise la médiation entre le Feu et l’Eau et possède pour propriétés dans l’univers et en l’homme, le froid et le chaud. Il représente également la joie, la beauté et l’ordre universel. Son symbole est l’arc-en-ciel et il est vénéré dans le culte d’Ayidohwêdo. Cet élément est l’émanation de la vie, de la création, issue du gouffre primordial, des eaux primordiales, qu’assécha Ayidohwêdo pour faire émerger les premières terres de la création, le jour et la nuit, le rythme. Le principe de l’Air est l’expression de l’omniscience du créateur. Son signe est le son « a » du nom Maou.

3. SIN (Eau)
L’Eau est le contraire du Feu et a pour principe dans l’univers et en l’homme, la contraction, le magnétisme et la gravitation. Cet élément est représente par le Dieu Hou. Il est également vénéré dans le culte de Soun, Dieu Lune. Son principe consiste en l’Amour, source de la connaissance intuitive et de l’inspiration divine. Ce principe exprime la résorption de la création, il clôt son évolution cyclique. Son signe est le son « m » de Maou. 

La tradition fon nomme également le créateur Maou. Cette Déesse se confond ainsi avec la parole créatrice, avec le verbe réalisateur.

4.  AYI  (Terre)
Les trois éléments cités constituent les éléments principaux. Le quatrième, Terre n’est pas considéré, en général, comme fondamental, puisqu’il traduit la réunion des trois autres, il leur donne une forme dans leur interactivité, et assure de la sorte, leur cohésion. Son principe est la conscience : somme des trois autres principes. Il se nomme en fon « Ayi » dont dérive le terme « Ayinon » (maître de la terre) porté par les rois d’Abomey et de Porto-Novo et est représenté par Kpo, la panthère. Il est vénéré dans le culte du Dieu Sakpata et Kpo.

C. Dieu de 1ère génération

1. SÊ (Feu)
C’est le dieu primordial et créateur qui s’est engendré lui-même. Il personnifie le feu créateur, la lumière originelle. Son nom signifie: incandescent, intelligent, destinée, providence. L’étymologie du nom de ce dieu, évoque la cosmologie scientifique du big-bang. Le mythe fon de la création enseigne que Dan Ayidohwêdo, le double de Sê, créa la terre par assèchement des eaux primordiales.
En langue fon, le mot esprit se désigne également par « sê ». On conçoit alors que chaque homme consiste en une image ou projection du sê primordial, d’où la désignence gbé = père, auteur et to =monde. Sê représente en ce sens le Tout, puisque chaque parcelle de la création recèle un sê, qui consiste en son incarnation, mais aussi le Néant, car l’esprit est impréhendable, insaisissable, infini. Sê se manifeste dans toute sa puissance en Lêgba.
Le Dieu sê généra en son sein les Dieux Lisa et Maou et par ce couple, il créa tout. Il ne possède aucune représentation matérielle. L’esprit n’a aucune couleur ni aucune forme. Sê désigne la forme fon du démiurge solaire egyptien Rê.

2. AYIDOHWÊDO (Feu/Air)
Comme à Lêgba on lui attribue la fonction de médiateur entre le ciel et la terre, donc entre les dieux et les hommes. Il conduit les âmes du ciel sur la terre. Son nom signifie étymologiquement : « do » (qui possède) « ayi » (terre) « hwê » (raie, trait, couleurs), il est donc représenté par l’arc-en-ciel et est source de richesse, de fécondité. On dit également qu’il est le dieu distributeur de l’or, des mines et que ses excréments, « danmi » (sortes de perles bleues) possèdent une valeur d’or. 
Selon le mythe fon de la création, à l’origine les eaux recouvraient tout l’espace, nulle terre n’existait. Maou, le créateur, demanda à Ayidohwêdo, d’assécher les eaux, de leur donner un territoire, « hou » la mer, pour faire émerger la terre. Ayant accompli l’acte créateur, désigné en fon par le concept « vodoun », Ayidohwêdo monta au ciel. Là il devint Hwédohwan ou Lêgba (Soleil à midi) et reçu comme récompense, la première fille de Maou, Soun (Lune).
Ce mythe définit un parallèle avec le mythe égyptien de la création. Comme Atoum, Ayidohwêdo est un serpent, Dan. Sa représentation par un double serpent entrelacé, mâle et femelle, figure les deux forces de la création, le plus et le moins, le masculin et le féminin, le ciel et la terre, d’où son rôle de médiateur annoncé plus haut. Il représente aussi l’air originel, c'est-à-dire, la vie. Il a pour couleur le bleu, couleur du ciel, et a pour nombre le 7.

3. LÊGBA (Feu/Air)
Lêgba désigne la forme manifeste ou accessible du concept purement abstrait qu’est Sê. Lêgba représente en fon comme en ancien égyptien, le cœur, le battement, l’esprit. Il personnifie le soleil-à-midi. En tant que principe de vie, il gouverne l’ordre dans la création, la légalité, la loi inaltérable. Le Dieu Lêgba apparaît en dieu civilisateur qui transmit la loi, le savoir et l’ingéniosité à l’humanité. Il est le souverain des dieux, le plus grand : « houn-daho » en fon. Ce qui signifie « houn » mystère, « daho » grand. Lêgba incarne la puissance créatrice de Rê, qui se dit en fon Sê. Toutes prières, toute demandes lui sont adressées et l’ultime décision lui appartient. Il est le juge cosmique, universel, dans la tradition vodoun, et récompense chacun selon ses actes et mérites. Il représente la stricte neutralité de la loi, l’équilibre parfait et idéal dans l’univers. La crainte qu’il suscite résulte du fait qu’il incarne la rigueur de la loi.
Le culte individuel que chaque personne peut lui rendre permet de s’approprier la puissance créatrice, la vie qu’il représente, ce qu’on traduit par l’expression « Lêgba symbolise la colère de chaque homme. Et chacun essaie de l’apaiser ». La colère, la fureur désignent les forces primitives de la création, génératrices de tout être, l’impulsion fondamentale qui nourrit et maintient la création. 
La colère de Legba appelle chaque homme à la conversion des forces, à la noblesse de l’âme, des défauts en qualités. Lêgba propose à chacun de devenir un soleil "individuel", tel est le sens de son culte. Selon la tradition, le Dieu Lêgba est apparu plusieurs fois sur la terre, en qualité d’homme céleste, qui n’a ni commencement ni fin de vie. Tout comme Fâ, il est le dieu des oracles.
La couleur de Lêgba est le rouge et il a pour nombres : 7, 21 et 41. 

4. FÂ (Feu/Eau) 
Le Dieu Fâ-Dé ou Fâ représente le cycle naissance-mort-résurrection Il est symbolisé par la noix de palme ou le palmier Fâ-Dé. Ce palmier à seize branches se dresse tout droit le matin, s’incline à midi et touche le sol de ses palmes le soir. Le lendemain, il se relève, et ce mouvement se poursuit sans fin. La légende raconte que Fâ était un homme aimé de tous, car tous pouvaient l’approcher et le questionner. Ses prédictions étaient toujours réalisées. Hêvioso, son frère, le puissant dieu Tonnerre, en prit ombrage, puis décide de tuer Fâ. A l’aide d’un couteau, il coupa Fâ en deux. Mais Fâ étant immortel, il s’incarna dans le palmier Fâ-Dé et ses serviteurs furent métamorphosés en l’arbre « avinyi » dont on tire les graines des chapelets divinatoires ou « agounmaga ».
Par son identification à Fâ, en particulier à ses mystères, à son idéal de civilisation, l’initié retrouve l’immortalité, la vie éternelle figurée par le palmier dé ou arbre de vie. Fâ constitue, au regard de ce qui précède, et d’après la tradition, le dieu du salut.
Le culte de Fâ a donné naissance au système de divination appelé Fâ, comprenant 16 Formules fondamentales ou Dou, dont la combinaison bipolaire donne 256 Formules permettant de rendre compte de la matière, de l’univers, de la vie, de la conscience, de l’évolution, etc.
Les seize Dou ou Dieux, constituent les seize visages ou aspects essentiels du créateur, de la création. Ils sont seize noms ou sons sacrés exprimant chacun une idée de la création, une idée divine et en 16 x 16 = 256 noms de manifestation.
Le premier Dou, « Gbé », correspond au principe créateur, le dernier, « Fou », correspond au principe concepteur, désignés ordinairement par le Père et la Mère des Fils-Dieux qui sont alors au nombre de 14.

D. Dieux de 2ème génération

Lissa ©️Jean-Dominique Burton 


1. LISA  (Feu)
Il désigne le 1er fils du Dieu Sê. Son nom signifie étymologiquement : « sa » (expansion) et « li » (lumière blanche). Il est le soleil au lever, le devenir de la création, le principe de la transformation. Lisa réside au couchant, à l’ouest, il gouverne l’air. Il désigne le principe masculin par excellence. Il est représenté par un disque solaire ou un caméléon. La tradition enseigne qu’il apporta le Dieu Gou sur terre sous la forme d’un sabre nommé Goubasa. Avec cet ustensile, Lisa apporta l’agriculture, la loi, la justice, donc la civilisation aux humains. Il a pour couleur le blanc, qui symbolise la pureté des idées et de la vie et pour nombres :1 et 3. 
Lisa correspond au Dieu egyptien Chou, dieu de l’air lumineux et dessine d’après nous une ressemblance verbale avec le Dieu grec Hélios. Lisa et Maou forment le couple créateur.


2. MAOU (Eau)
Elle est le soleil au couchant ou la lune et représente le principe féminin. En fon « ma » (feuille) et « ou » (croître, germer). Maou désigne donc le principe de gestation, le principe nourricier qui fait croître les corps et distribue les destinées, ce qui rejoint le symbolisme du croissant de lune. Elle désigne la Mère universelle (des Dieux et des hommes), ce que montre sa figuration anthropomorphique avec des mamelles pendantes et portant un croissant lunaire. Maou désigne aussi le principe divin qu’on évoque pour prêter serment en milieu fon car elle représente la vérité, l’ordre cosmique.
Lisa a pour couleur le vert et pour nombre le 2. Ainsi que nous l’avons évoqué ci-dessus, Maou signifie aussi le verbe créateur. De son union avec Lisa naît le Dieu Agé, la Terre.
Maou est la forme fon du vocable égyptien Maât Déesse de la Justice et de l’Ordre Cosmique.

E. Dieux de 3ème génération

1. Gou (Feu)
Le Dieu Gou personnifie la justice, l’harmonie cosmique, la loi absolue. Il contrôle de ce fait l’évolution et la destinée de toute la création. Gou représente la dualité ; le positif et le négatif, le bien et le mal, la vie et la mort. Il assure la transformation d’un extrême à l’autre. Gou est ainsi le maître de l’alchimie permettant la préparation de la pierre philosophale, le Dieu des arts et en particulier celui des forgerons. Son nom « gou » (phallus, fer) symbolise la combativité, la virilité, la puissance et la souveraineté. 
Selon la tradition, Lisa apporta Gou sur terre sous la forme d’un sabre « basa » ou « goubasa ». Gou, est le fils de Lisa, c'est-à-dire, sa manifestation sur terre. 
Le sabre, outil de puissance souveraine donc de justice, de créativité, assurant la transformation de la nature, la conversion des forces, peut devenir objet de violence, de passions et de colère, d’où la polarité de ce dieu Gou apparaît alors en dieu de l’agriculture et de la guerre.
Le Dieu Gou correspond au Dieu grec Cronos de la famille des Titans, qui est ainsi qu’Apollon dieu des arts et archer. Comme Apollon, le Dieu Gou a pour attribut animal, le coq.

2. SO (Feu)
Hêvioso désigne l’aspect le plus connu du Dieu So qui désigne la somme de tout pouvoir dans l’univers, l’omnipotence, le feu primordial au sein de toute la création. Il est la volonté, la force, la puissance active de l’esprit.
So s’identifie au sabre Basa de Gou, qui symbolise la toute puissance. Zo manifeste la vertu du feu et So, sa puissance, sa force.
Quant à son aspect Hêvioso, il représente la manifestation de la foudre, des orages, de la majesté divine. 
Le vocable Hêvioso se décompose en « hê » (oiseau) « vi » (vomir) « so » (foudre), un oiseau de feu. Hêvioso est aussi représenté par un bélier portant dans sa bouche une hache.
So semble être une forme fon de Zeus, So a pour arbre sacré l’iroko, le roi des arbres en milieu tropical alors que le chêne représente Zeus.Par aillerus, ce dieu a pour attribut l’aigle, qui rejoint l’oiseau de feu fon, hêvioso.
Le panthéon de So est très riche en dieux secondaires ou dieux-fils. Parmi les mâles on trouve Sogbo, Djakata; Gbadê, Accrombé. Parmi les femelles, on compte : Agbé, Avlékété ; Saho ; Naété ; Adin ; Kêli .

3. DJI (Air)
Elle personnifie le principe de gestation « dji » et représente la Déesse-Mère, la Mère des Dieux. Son nom signifie Ciel, Pluie et elle a pour frère, le Dieu Agé De leur union naît la multitude des dieux du panthéon vodoun.
La légende raconte qu’au début de la création, le Ciel Dji, et la Terre Agé, se touchaient presque et étaient deux « nonvi » (frère et sœur). Ils avaient l’habitude de chasser ensemble et se partageaient le gibier. Un jour, Terre l’aîné, tua un rongeur « gbédja » qu’ ils divisèrent en deux parts. Restait la tête, « ta », sur laquelle ils n’arrivaient pas à s’entendre, car chacun la voulait. Sur ces disputes, Ciel se fâcha et s’éloigna de la Terre. Cette dernière par manque devint aride. Les semailles cessèrent de pousser et les femmes ne purent plus accoucher (« dji »). Pour se réconcilier avec Ciel, Terre tua de nouveau un autre « gbédja » qu’il décida d’envoyer tout entier à Ciel. Seul « aklasou » (le vautour) parmi les oiseaux, put réaliser cette tâche. Aklasou effectua ce transport en échange de la promesse qui lui avait été faite : la construction d’une maison sur la Terre. C’est ainsi que la pluie se remit à tomber. Cependant, la promesse faite à Aklasou ne fut pas tenue. Fort de ses ailes, il put se protéger de la pluie, raison pour laquelle il ne se cache pas lorsqu’il pleut.
Ce mythe établit un parallèle avec le mythe égyptien de la création qui consacra la séparation de « Geb » la Terre, de « Nout » le Ciel, qui avale chaque soir le soleil « Rê » Sê et l’enfante « dji en fon » chaque matin.

4. KPAN (Air)
Kpan désigne le dieu de la flûte, dans la mythologie fon. 
Le mythe relie le Dieu Kpan au Dieu Awêsou, maître de la terre, dont il chante les gloires, les splendeurs, à l’image du Dieu grec Pan, qui égaye les Dieux de l’Olympe. Le dieu « Kpan » (grenouille) incarne la loi au même titre que Pan le dieu de la flûte grec. Ce mythe sera à l’origine de la fonction de Kpan-lin-gan, instituée par le Dieu-roi Hwegbadja, fondateur du royaume d’Abomey, laquelle consiste à réciter les litanies en l’honneur des Dieux-rois défunts et les gloires du Dieu-roi vivant, en vue du maintien de l’équilibre, de l’harmonie des forces cosmiques pour le bien-être de l’humanité et la prospérité du royaume d’Abomey, centre de la création.
Le mot Kpanlingan se décompose en « kpan » (grenouille)  « lin » (penser, vibrer) « gan » (rythme, métal). Kpan est donc le dieu du souffle, de la mélodie, de la flûte.

5. SUN (Eau)
Le Dieu-Lune Sun, personnifie la périodicité des phénomènes, c'est-à-dire, leur évolution en cycle, en boucle. Il mesure ainsi le temps, représente le nombre 30, évoquant la durée de 30 jours que compte le mois fon. Il gouverne la qualité du sang en l’homme, la vitalité. Sun contrôle le mouvement de tous les êtres, hommes et animaux, à la surface de la terre
Ce dieu dont le nom signifie relier, annonce la fin des temps, la fin de la création, dont il reliera les deux extrémités supprimant ainsi l’espace créé, et générera à nouveau le chaos initial d’où l’univers émergea. 
C’est le retour au point d’origine de la création, à la naissance de l’être, dont est responsable le Dieu Soun, qui constitue un danger pour l’homme. Car il implique le retour de la conscience humaine à un état infantil, d’immaturité. 
En raison de ce qui précède, la tradition institua le rite appelé « Soun – Ki-Ko » c'est-à-dire "supprimer la durée cyclique" de l’être. 
Ce rite s’administre à l’individu depuis son enfance, en général, à trois mois de sa naissance. Il consiste, entre autres rituels, à siffler la lune. Le sifflement arrête une action en cours. L’objectif est d’arrêter l’action de « sun » (lune) sur l’être, depuis la période de gestation.

6. TO (EAU)
Il gouverne les fonds marins et les cours d’eau. Maître du domaine des eaux, il apparaît en dieu primordial comme So. A l’instar de So dont la colère provoque la foudre et l’inondation, la colère de To manifeste les crues, les raz-de-marée, les tempêtes. Dans son association avec le Dieu Dan, soit To – Dan, il provoque les séismes. Ces attributs définissent une relation entre les deux dieux, So et To
Le Dieu To possède la même division dans son expression que So. Aussi distingue-t-on les principes Tosou = To – mâle, ou sa manifestation virile et positive, et Tobosi = To – femelle, ou sa manifestation douce et négative. Tosou désigne ainsi le nom générique des fils de To et, Tobosi, celui de ses filles. Tosa désigne un autre aspect de To. Le culte de To se confond, à Abomey, au culte royal des Tohosou ou enfants handicapés de la famille royale : Tohosou = To-souverain. Ils sont considérés comme des incarnations du Dieu To. Leur adoration fait partie du culte généralement connu sous le nom de « Ninsouhwé » ou « Linsouhwé » .
To correspond à Toth, dieu lunaire égyptien. To semble être aussi une forme fon de Poséidon, dieu de l’océan dans la mythologie grecque qui a engendré des monstres tels que Polyphème, Antée, Procuste et Triton, d’un côté, et de l’autre, le cheval sauvage et Pégase. Le cheval sauvage de Poséidon rejoint celui rapporté au Dieu To et appelé Toso = To-cheval, désigné généralement par cheval des marais ou antilope cheval. 

7. AGE (Terre)
Son nom signifie terre émergée, terre ferme, hors de l’eau ou rive. Aussi représente-t-il la terre primordiale, la matière initiale, sur laquelle Ayidohwêdo va se tenir pour créer la lumière, le jour et la nuit, les rythmes diurne et nocturne. Le sens de Agé, terre émergée, montre que l’acte créateur dû au couple Lisa / Maou, a consisté en la séparation des eaux primordiales avec le monde créé ; autrement dit ces eaux sont rejetées à la périphérie de l’univers organisé. Elles forment alors le monde du chaos à partir duquel la création a pris naissance. Cet océan primordial n’étant pas créé, il échappe à la fin de la création et demeure éternel avec le créateur, c’est pourquoi son nom Dan est indissociable de celui d’Ayidohwêdo.
Comme en Egypte, la terre a une valeur masculine dans la tradition fon. Remarquons enfin, que Agé correspond à la déesse grecque Gea (Gaïa) au dieu égyptien Aker, un aspect de Geb. Ce dernier nom (Geb) est semblable à celui du dieu fon « Ge »(Terre) dont est dérivé le substantif Ge-vi attribué aux Aboméens.


F. Dieux de 4ème génération

1.ZO (Feu)
Il est le feu dans son double aspect négatif et positif. Mais la tradition met surtout l’accent sur sa manifestation négative. Zo gouverne les passions, les désirs, les violences, les destructions, la guerre, la traîtrise, tout ce qui engendre la souffrance et les douleurs.
Un mythe de l’art oraculaire Fâ, rapporte que le Dieu Hêvioso et le Dieu Zo, se sont affrontés au sujet de la femme de Hêvioso que tous deux convoitaient. Ce mythe rejoint le mythe grec de Mars et d’Héphaïstos. Le dieu Zo correspond à Mars
Le Dieu Zo désigne le seul dieu, comme dans la tradition grecque, à qui l’on consacre un mois : « zosoun » (septembre). Ce dieu régit également la petite saison des pluies du bas-Bénin, qui va de fin août/début septembre, jusqu’à novembre. Ainsi, Zo est-il le dieu de l’agriculture ainsi que Mars. 
La période de fin août – début septembre, constitue le début de l’année dans la tradition fon. Moment de l’année pendant lequel ont lieu la « menducation » des prémisses de l’igname et les nouvelles cérémonies. La fin de l’année correspond également à la cérémonie royale « hwétanou » à Abomey.


2. HON (Feu)
C’est l’oiseau solaire de la tradition fon. « Hon » (Faucon, Aigle) et « Kêsê » (Perroquet) désignent la même réalité. Le vocable « hon » (éclairer, luire) évoque le soleil, la lumière dans son expansion, tandis que « Kêsê » (univers, esprit) figure l’âme divine. La légende raconte que Soleil qui représente le Dieu Sê, le Feu qui figure Fâ et Kêsê avaient une querelle avec Pluie soit Hêvioso. Tous trois se fixèrent un jour pour y mettre un terme. Au jour fixé, Pluie se mit à tomber. Soleil ne put plus briller. Feu s’éteignit. Seul le feu allumé à la queue de Kêsê, brilla. C’est pourquoi l’on utilise la plume du Perroquet pour couronner un victorieux. 
Ce mythe constitue un récit cosmologique évoquant la fin de la création. Le perroquet, l’âme divine, demeurera à la fin des temps, puisqu’il est éternel, mais sa manifestation, le soleil s’évanouira dans les eaux de la création, ce qui déterminera le sommeil à nouveau du Créateur, le feu, c'est-à-dire, l’expansion, va devenir contraction et on assistera à la régression de la création. Puis le démiurge s’éveillera dans les eaux primordiales et une nouvelle création prendra corps. Ce processus sera sans fin. 
On rencontre encore le culte de Hon à Abomey sous la forme synthétique de « Hon-Dé » (Faucon-Palmier). Il évoque le culte du nombril « hon », centre de l’homme,  noyau de la vie. Ce culte consiste à mettre en terre une parcelle du cordon ombilical desséchée. L’on plante sur cette dernière un palmier qui symbolise la longue vie et la prospérité promises à l’enfant. Le palmier Dé est l’arbre de vie il représente le centre de la création. Ce culte a donc pour but de relier le microcosme au macrocosme, l’homme à Dieu, et d’assure son salut, sa résurrection.

3. SAKPATA (Terre)
Sakpata est le dieu le plus redouté du panthéon Vodoun. On n’ose pas l’appeler par son nom. On utilise d’autres appellations inspirant moins la crainte : « dokounon » (le riche), « dohosou » (le souverain du sous-sol). Il représente les richesses minières, l’or en tant que condensation de la lumière solaire représentée par Ayidohwêdo. En tant que tel, Sakpata personnifie le feu précipité sur terre, le feu créateur incarné dans la matière. Il forme la terre et devient le feu au sein de la matière et en assure la cohésion ou la désagrégation. Il permet l’alchimie parfaite qui réalise les richesses du sous-sol mais dans sa colère il peut bouleverser et rompre l’équilibre de l’écosystème, d’où le déchaînement dans la nature de fléaux et de catastrophes naturelles. 
La tradition ne met l’accent que sur sa puissance destructrice, d’où son appellation de dieu de la variole capable de décimer en quelques jours toute une population. D’où également les craintes et respect qu’il suscite, et la considération dont jouissent ses prêtres, qui sont de grands guérisseurs. Ils sont les seuls à savoir par quels moyens rituels, on peut apaiser le Dieu Sakpata, et enrayer le cortège de maladies redoutables qui résultent de ses "sautes d’humeur". 
Sakpata est le dieu du volcan Le séisme relève principalement du Dieu Dangbé, le python, qui constitue un aspect de Sakpata. 
Sakpata possède un panthéon qui comprend près d’une vingtaine de dieux-fils, les uns plus néfastes que les autres.
Le Dieu Sakpata a pour nombre 10. Le vocable Sakpata désigne la synthèse Sakhmet-Ptah de la théologie égyptienne. Sakpata correspond au dieu grec Héphaïstos.

4. KOU (Terre)
Le Dieu Kou personnifie la mort et a pour représentation un squelette. Il vit dans le monde souterrain « Do », nom par lequel on le désigne aussi. Ce lieu sépare le monde des vivants de celui des dieux et des ancêtres. Il est parcouru par les eaux en furie : « Kouto ». Après avoir quitté le monde des vivants, avant de parvenir au royaume des dieux et des ancêtres, il faut payer un droit de douane à Agasou-Sava, le bateleur. Cette légende évoque une similitude avec la mythologie grecque, qui enseigne que les âmes des défunts doivent passer à l’autre rive de Styx, avant de retrouver la paix, le repos, la félicité. Le Dieu Kou possède trois enfants ; l’aîné s’appelle Azon = maladie, le second a pour nom Tadou = Migraine, et le dernier Avouvo = Fièvre. Les trois enfants de Kou correspondent aux Parques, déesses grecques de la Mort, satellites de la Mort.

5. AGASOU (Terre)
Agasou désigne l’ancêtre mythique des familles royales de Porto-Novo, d’Alada et d’Abomey.
Il est représenté par une panthère qui rappelle son origine. La tradition l’identifie en effet à l’enfant né de l’union d’une panthère et de la princesse Aligbonon. A sa mort, son fils Adjahouto, tua Adja qui lui ravit son trône. Il dut s’enfuir pour s’installer à Alada. Ses descendants seront à l’origine des trois royaumes évoqués. Le roi d’Abomey, descendant de la Panthère possède alors une ascendance divine. Il est Dieu Incarné. 
Le culte d’Agasou, ou culte de « Kpo «  (panthère), à Abomey, est le culte suprême du royaume. Il forme avec le culte de « Lênsouhwé » et celui d’ « Adjahouto », le culte royal ou le "culte d’Etat". Tous les prêtres vodoun sont placés sous l’autorité du prêtre d’Agasou, l’Agasounon.
Le souverain porte aussi les titres de « Dada » et de « Djêhosou ». Dada-Sê ou Sê sont les noms du Créateur. L’étymologie de Dada, « da » (tirer, trancher), rend compte des combats que le Créateur a dû mener pour réaliser la création et pour la maintenir. Dada-Sê évoque la lutte quotidienne que mène le soleil Sê, contre le Dieu Dan, représentation des forces menaçant la création, afin d’apparaître chaque matin pour éclairer la création et transmettre la vie. Le titre Dada que porte le roi d’Abomey, l’invite ainsi à incarner le dieu-guerrier qu’est son père, et à lutter pour agrandir et maintenir le royaume universel d’Abomey, centre de la création. 
La décomposition de Djêhosou donne : « djê » (perle, esprit) et hosou (souverain) soit le souverain du ciel. Ces deux titres consacrent toujours le roi d’Abomey comme le dieu soleil, la lumière de la création. 



BIBLIOGRAPHIE

BARGUET Paul, Le Livre des morts des Anciens Egyptiens, Cerf Littérature Ancienne du Proche Orient (LAPO), 1967
CHARPENTIER Louis, Les Géants et le mystère des origines, Paris : Robert Laffont, 1969
CHEIKH Anta Diop, Nations Nègres et Culture, Paris : Présence Africaine, 1979
GENEST Emile, Contes et Légendes mythologiques,Paris : Nathan, 1994
GROS de BELER Aude, Les Pharaons, Paris : Molière, 1998
GROSSET et DUNLAP, INC, Héros et Légendes, Editions R.S.T., 1961
Histoire Générale de l’Afrique, vol. II, Afrique ancienne, Paris : Unesco, 1989
Histoire Universelle. De l’aube des civilisations aux débuts de la Grèce antique, tome 1, Paris : Marabout Université, 1963
MAUPOIL B., La Géomancie à l’ancienne côte des Esclaves, Paris : Institut d’Ethnologie, Paris, 1961
MEEKS Dimitri et MEEKS C. Faward, La Vie Quotidienne des Dieux Egyptiens, Paris : Hachette, 1993
MONSIA Marc, Religions Indigènes et Savoir Endogène au Bénin, Cotonou : Editions du Flamboyant, 2003
MONSIA Marc, Modèle Fâ, Mathématique et Concepts de la Physique Contemporaine, Le Cotonou :Temps de Vérité et Culturème, 2004
MONSIA Marc, Psychologie Synthétique : Nouvelle Méthode de Préhension du Fâ, Cotonou : Temps de Vérité et Culturème, 2004
ROBERT F. Thompson, L’éclair Primordial. Présence africaine dans la philosophie et l’art afro-américains, Nouveaux Horizons, 1985
SEGUROLA B. et Rassinoux J., Dictionnaire Fon-français, Lyon : SMA Société des Missions Africaines, 2000 
TRAUNECKER, Les dieux de l’Egypte, Editions PUF, Paris, 1997

WOLDERING Irmgard, Egypte L’Art des Pharaons, Editions Albin Michel, Paris, 1963

Commentaires